Épisode: La disparition de mes villages

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Au fil des ans, plusieurs villages m’ont vu passer… sans que je n’y habite vraiment. Je me suis exilée tôt pour une autre forme de vie collective: le pensionnat ou maintenant nommée résidence scolaire. Pour ma part, j’ai fréquenté un Institut qui s’est modernisé au point de devenir un Collège… Disparu les dortoirs avec un rideau en tissu, les religieuses et leur chapelle ainsi qu’un milieu de vie uniquement pour les filles. C’était inévitable, la baisse de fréquentation oblige (presque) tous les établissements scolaires à se tourner vers la mixité… je pourrais vous en parler mais je m’égare dans mon sujet.

Revenons à la suite, le Cégep et deux Universités plus tard localisés dans de “grandes villes”. Je garde néanmoins des souvenirs de différents lieux, certains honorent un Saint et nous rappelle notre passé catholique. À ce sujet, la transmission intergénérationnelle de la religion a simplement arrêté avec ma génération. D’ailleurs, les curés se font plus vieux. Une moyenne d’âge, selon les endroits, qui est entre 70 à 80 ans. Ils sont surtout moins nombreux à se partager ce qui reste de nos paroisses. Depuis 2011, il se ferme quarante églises à chaque année au Québec selon Radio-Canada (Article du 9 juin 2017). Ce qui veut dire que “500 lieux de cultes (…) ont été vendus, transformés, fermés ou détruits depuis 2003”. Par exemple, des églises se sont reconvertis en bibliothèque, centre d’art, fromagerie, centre de la petite enfance (CPE), théâtre, résidence, gym, centre funéraire ou même en centre d’escalade.

Il y a encore des messes dominicales qui sont particulièrement populaires ou (presque) vides. Sinon, vous y allez peut-être pour celles de Noël ou pour certaines célébrations de la vie (ou de la mort). Les cloches continuent de sonner à l’occasion, mais d’autres ont juste cessé de rythmer le quotidien. Je ne veux pas être défaitiste, il y a des endroits qui sont maintenus ouverts à bout de bras en luttant contre des frais d’entretien et de rénovations exorbitants. Combien de chauffage? Entre 20 000$ à 40 000$ par année

Il n’y a pas seulement les lieux de cultes qui n’occupent plus une place centrale dans les villages du Québec. Le plus important, ce sont les gens. Les jeunes partent et font partie de ce qu’on appelle l’exode rural. Le travail ou les études font que nous n’avons (presque) pas le choix. Ceux qui y vivent de génération en génération plantent maintenant des pancartes “À vendre”. Il y en a sur toutes les rues principales, sans acheteur, en décoration. L’esprit même du village se perd en même temps que sa mémoire.

Je pourrais vous parler longuement des transformations à travers le temps grâce à ce qu’on m’a généreusement raconté, mais je vous garde cela pour un autre épisode qui sera à propos d’un village centenaire en Mauricie. Il a vu disparaître 4% de sa population en cinq ans… en plus de sa caisse populaire, sa banque et une bonne partie de ses commerces… mais il lui reste: son église et son train.

Sinon, il y a des villages complets qui disparaissent à chaque recensement ou qui se fusionnent pour mieux survivre. Il y en a d’autres qui sont intimes avec moins de dix habitants.* Je suppose que tout le monde se connaît…

D’autres, comme Sainte-Brigitte-de-Laval, près de Québec, qui revendique avoir le taux de croissance le plus marqué: 42,2% en cinq ans. Son slogan est: “une ville qui se réinvente”. Le fort développement résidentiel est aidé par sa proximité avec “une grande ville”. En effet, elle a même obtenu le statut officiel de ville malgré ses 7 348 habitants…

Finalement, il y en a d’autres qui renaissent, comme Saint-Élie-de-Caxton. Sa population est passée de 1382 en 1991 à 1836 personnes il y a deux ans. Effet positif d’un “conteur agréable par mégarde»”**, Fred Pellerin, qui a su mettre en valeur son village et donner aux mots leurs libertés.

À nos 995 municipalités rurales partout à travers les 1 600 000 km2 de notre patrimoine. Vous resterez, mes villages…

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* Article de Tva Nouvelles: Vivre dans un village de moins de 11 habitants; Publié le 3 juillet 2017.

Sur les 1220 municipalités et territoires de la province, 25 comptent moins de 100 habitants et 8 ont moins de 10 habitants.

Les moins peuplés sont: Saint-Louis-de-Gonzague-du-Cap-Tourmente (région de la Capitale-Nationale); Lac-Casault, Lac Huron et Lac-Matapédia (Bas St-Laurent); Lac-Ministuk et Mont-Valin (Saguenay Lac St-Jean); Baie-de-la-Bouteille (Lanaudière); Lac-Normand (Mauricie.

** Ce n’est pas de moi, voir sa biographie sur son site officiel

2 commentaires sur “Épisode: La disparition de mes villages

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