Épisode: Les six petits points

Une cellule peut contenir des prisonniers ou six petits points…… Vous pouvez voir leurs reliefs, mais son public-cible les survole des doigts. Les soixante-quatre caractères font alors tout leur sens quand nous savons les combiner selon leurs utilités.

J’ai appris à lire et écrire en braille, sans en avoir personnellement besoin. C’est apparu dans ma vie un peu par hasard dans le cul-de-sac de mes études universitaires. Il fait maintenant partie de mon travail, mais quand est-il de sa véritable utilisation?

Vous pensez que tout a commencé avec Louis Braille, et bien pas tout à fait. Laissez-moi vous raconter.

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Le petit Louis a “perdu” la vue complètement à l’âge de cinq ans. Il ne l’a pas vraiment égaré sur son chemin, disons qu’il s’agissait d’un accident. Un outil de son père qui travaillait le cuir pour des attelages de chevaux. Il a fait ensuite sa scolarité à l’Institution Royale des Jeunes Aveugles de Paris. Plutôt surdoué. Un jour, ils ont reçu la visite d’un officier, Nicolas-Marie-Charles Barbier de la Serre. Moi qui se plains d’un nom de famille composé! Ce dernier présenta un système conçu pour faciliter la communication nocturne dans l’armée française. Louis, alors âgé de 12 ans, lui soumit des suggestions qui n’ont toutefois pas été acceptées. Il décide alors de copier certains éléments importants pour en faire son propre code et est né le braille, quatre ans plus tard, en 1825… Son usage est maintenant mondialement répandu et une uniformisation s’est effectué à travers la francophonie en 2009.

Toutefois, si j’avais à vous décrire son utilisation actuelle, ce serait la décrépitude (même si les vrais braillistes seraient en désaccord avec moi). Je vous explique.

Selon le modèle d’éducation québécois, la décision du mode de communication se prend pendant l’enfance à partir du pronostic et de son potentiel (visuel et perceptif). Il faut notamment que tous les moyens d’agrandissement soient insuffisants. L’enseignement du braille n’est plus automatique comme dans les années cinquante. Les enfants sont maintenant scolarisés dans leur milieu régulier avec le support d’un éducateur spécialisé et d’une équipe de réadaptation. Si l’enfant présente d’autres difficultés, il y a également des classes adaptés ou une école spécialisée en déficience visuelle, l’école Jacques-Ouellette, à Longueuil.

Les adultes qui deviennent fonctionnellement aveugle, ont le choix de leur(s) mode(s) de communication. Par expérience, la majorité choisissent d’autres options que le braille. Le pourcentage qui décide d’en faire l’apprentissage est minime. Au Canada, en 2012, il s’agit de seulement 0,8% des personnes de quinze ans et plus ayant une déficience visuelle. (Article de Radio-Canada, avril 2018).

Pourquoi ?

  • Le trois-quart des personnes ayant une déficience visuelle ont un résidu de vision qui permet d’utiliser des aides optiques.

  • Le fait d’avoir un handicap visuel après 65 ans peut grandement décourager l’apprentissage d’un tout nouveau système de lecture et d’écriture.

  • Le braille demande de développer une excellente perception tactile, ce qui prend du temps et beaucoup de pratique. De plus, certaines personnes ont moins de sensibilité au niveau de la pulpe des doigts.

  • L’évolution des technologies fait en sorte que les gens peuvent avoir accès à une foule d’informations en sonore sans connaître le braille.

    Par exemple, la lecture avec des livres sonores sur CD ou l’accès (presque) complet à un ordinateur ou à un téléphone intelligent.

  • L’espace nécessaire pour des tomes en braille est volumineux. Moins pratique de transporter Harry Potter quand vous avez une quinzaine de volumes en braille, et je ne vous parle pas de la bible! Je sais, il est possible d’apprendre le braille abrégé, avec 1217 abréviations, mais tout de même!

  • L’écriture en braille se fait avec une dactylo qui a cessé d’évoluer bien avant ma naissance. Les embosseuses, imprimantes, ne sont pas accessibles en raison de leur prix. Il reste donc le “poinçon” pour faire un point à la fois.

  • L’apprentissage de d’autres codes peut être nécessaire pour l’informatique, la musique, les mathématiques et les autres langues etc.

  • L’accès aux informations est limité.

    Il y a cependant des bonnes et moins bonnes initiatives… Dans l’est de Vancouver, un épicier a fait étiqueter tout son magasin pour un client. Il y a également des factures, des documents officiels et des menus (St-Hubert, Starbuck, Bâton rouge etc) en plus de normes d’accessibilité pour les bâtiments.

Un exemple d’une bonne intention: McDonald’s a une politique d’accessibilité pour “offrir un excellent service, à tous ses clients, incluant les clients atteints de limitations”. Il y a d’ailleurs des formations données aux employés. Récemment, ils ont installé des bornes de commandes interactives et proposent une application mobile. Il y a ainsi un service aux tables avec des autocollants apposés sur chacune d’entres elles pour vous retrouver.

Surprise!

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Le braille est surdimensionné et sans relief… Quand même drôle lorsque l’on sait que pour être perçu par l’index, le relief doit être entre 1 a 1.5mm et la hauteur de chaque point au maximum 0.8mm. J’ai tenté de joindre différents services à la clientèle par courriel, mais sans réponse. Vous remarquerez ces autocollants si l’envie vous prend d’un Big Mac qui contient 43% de votre valeur quotidienne en gras et près de 1\4 tasse de sucre. Mais c’est votre choix!

En parlant de hamburger, je vous laisse avec cette idée qu’à eu la chaîne de restaurant Wimpy en Afrique du Sud. Ils ont écrit quinze messages différents en braille sur leurs hamburgers à l’aide de graines de sésame. Un petit point à la fois avec une pince à cil. Ils ont ainsi rejoint 800 000 personnes et tout le monde s’est mis a taponner leur repas…

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«100 per cent pure beef burger made for you»

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Pour en savoir plus: Code braille français uniformisé pour la transcription des textes imprimés (CBFU); Édition québécois: 2008.

 

2 commentaires sur “Épisode: Les six petits points

  1. Je savais pas que tu savais le braille….. je suis impressionné!

    Et l’auto collant du Mc do…. c’est une vraie joke!!!!!!!

  2. Si j’avais une limitation visuelle, je pense que j’explorerais toutes les autres avenues avant de me lancer dans l’apprentissage du braille. Pas facile cet apprentissage.
    Bravo pour toutes les informations fournies!

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