Épisode: Raconte-moi ton village

Chaque village a son histoire, si nous savons l’écouter…

Je vous l’avais promis dans mon article La disparition de mes villages, alors je vais vous transporter dans un endroit centenaire en Mauricie*. Laissez-moi vous présenter ce village, à travers mes recherches et la vision de l’une de ses habitants. Elle fait bien partie des 22,8 personnes par km², bien cachées de tous les côtés par trois amis: St-Élie-de-Caxton, St-Sévère et St-Paulin. Vous ne l’avez probablement pas deviné, mais il s’agit de Charette.

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Rien à voir avec le véhicule de bois à deux roues connu depuis l’antiquité. Le nom provient d’un homme d’affaires: Édouard de Charette qui est “de” Sainte-Ursule. Après un détour par Chippewa Falls aux États-Unis, il est devenu celui qui a fusionné des restants contigus de bouts de terre pour en faire un lieu de rassemblement avec des gens. Un village…

L’homme a ensuite donné un élan économique incomparable au village. La liste de ses actions serait trop longue à énumérer. Notons toutefois l’achat d’un terrain, pour la somme de 400$, afin de construire l’église. Vous marquiez en crédibilité pour fonder un village si vous achetiez un clocher et qu’en plus il soit nommé par vos prénoms. Quel honneur!

Monsieur De Charette a aussi fait modifier le tracé de la construction du chemin de fer pour que celui-ci traverse le village et devienne la principale voie de transport. Il y a eut un impact majeur sur le développement économique et touristique.

L’histoire fait sa place en étant un secteur idéal pour des moulins à scies et à farine. La présence de la rivière Yamachiche avait ses avantages tant pour sa puissance hydraulique que pour son potentiel dans le transport du bois qui se faisait par la drave.

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Accélérons le temps pour vous partager les souvenirs d’une enfant de Charette, née dans les années 50, qui vous amènera un portrait de son village au courant des années subséquentes.

L’anonymat des “grandes villes” ne faisait pas partie du paysage. Les gens sortaient peu et gardaient leur vie sociale bien entre eux. Tout le monde se connaissait et il y avait même des surnoms par famille. Il ne fallait donc pas espérer la confidentialité avec LA ligne téléphonique partagée par plusieurs familles. Ce mode de communication équivaut à l’annoncer en pleine messe… parce que l’église, elle est remplie jusqu’au dernier banc.

Les “grandes villes” de la province sont connues, mais seuls les mieux nantis s’y rendent. Aller à Montréal ou à Québec, c’était comme un pays étranger! Toute une aventure! Quoique incontournable pour faire de “grandes études”…

Il ne faut surtout pas oublier de parler de “Monsieur-le-curé” qui demeure au presbytère et surveille ses ouailles. La religion est très présente et influence beaucoup la vie scolaire et communautaire. Vous pouviez aussi compter sur “Monsieur-le-médecin” qui était là pour les familles, que ce soit à son bureau ou à votre domicile.

Vous pouviez recevoir les services du laitier, du boulanger, du boucher, du vendeur de liqueurs ou de fruits et de légumes… sans avoir à vous déplacer! Il y avait même un nettoyeur qui s’arrêtait si vous aviez pris soin de mettre une pancarte dans votre fenêtre. Sinon, vous pouviez vous rendre à pied dans n’importe quel commerce en étant certain d’avoir un accueil personnalisé.

Parmi l’ensemble des loisirs, la patinoire jouait un rôle important durant l’hiver, autant pour les patineurs que pour l’équipe de hockey ou de balon-balai. Ce lieu de rassemblement permettait de patiner au gré de la musique, que vous soyez seul, entre amis ou en amoureux…

Avec les années, le village de Charette s’est progressivement transformé. Les cours, les rues et les rangs deviennent asphaltés. Commencent les aménagements paysagers et l’éclairage de rue. Sans oublier les systèmes sanitaires très différents.

20180530_165850La rivière Yamachiche a continué de couler, indifférente au temps qui passe, mais elle a vu disparaître ses moulins et sa drave. Elle n’a plus d’attrait économique, perd son charme touristique et ne permet pas la baignade. Tout de même une mal aimée!

Les trains de voyageurs ou de marchandises continuent de traverser le village, plus rarement, tel un souvenir. Ils continuent de siffler, mais les gens du village ne s’en rendent même plus compte. L’émerveillement est laissé aux enfants. La gare a disparu, mais une autre version l’a remplacé pour laisser l’attente aux voyageurs.

L’église s’est refait une beauté. Elle est maintenue en vie grâce à un comité et à des généreux bienfaiteurs. Il s’agit avant tout d’un lieu de célébration, mais aussi de la présentation de spectacles.

Le presbytère est maintenant un “bed and breakfast” très populaire et apprécié, qui a une renommée qui dépasse les frontières. Son nom, La Tempérance, fait référence à un hôtel présent en 1925 près de la gare.

Il n’y a plus de ‘Monsieur-le-curé”. Les paroisses se partagent les curés et ont formé des alliances. “Monsieur-le-médecin” a été là longtemps. Il a mis au monde plusieurs enfants de la place. Sa carrière ne s’est jamais vraiment arrêtée puisqu’il n’a pas officiellement fermé son bureau quoiqu’il n’eût pas de relève. Honoré Cossette est décédé il y a 16 ans à l’âge de 77 ans. Il a l’honneur d’avoir une place à son nom pour une cinquante d’années à être ce que la médecine à de plus humaine familiale.

L’été comme hiver, il y a quelques loisirs, mais plusieurs sont regroupés avec d’autres villages. Les piscines ont poussé ou creusé dans les cours. Les vélos se sont popularisés. Il y a des évènements organisés chaque année, même si les bénévoles sont plus rares. Cette année, les habitants savent fêter en grand leur 100 ans.

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Les magasins, les boucheries, la mercerie, la boulangerie ont disparu. Vous trouverez d’autres commerces comme une station-services et une épicerie. Il n’y a plus de banque ou de Caisse populaire. L’argent est ailleurs, ne cherchez pas non plus un guichet automatique, il n’y a rien à retirer.

Le plus important est qu’il reste des gens. Il y en a 954 pour être plus précis. Certains sont de quatrième génération. Certains sont volontairement partis pour le travail ou les études. Certains sont involontairement partis. Certains les ont remplacés…

Il reste le souvenir du fondateur par son nom, sa cloche et sa rue. Il peut être particulièrement fier, malgré les changements…

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Remerciement sincère à une amie précieuse de Charette qui sait mettre en beauté sa localité par son implication et sa générosité. Elle y est installée comme une souche qui prend fièrement racine. Cet article est né de ses mots et de ses photographies. J’ai seulement eu à vous raconter…

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*Mauricie: région de la province du Québec, au Canada. Elle se trouve entre Montréal et la ville de Québec, au nord du Saint-Laurent.

Source: Livre “Charette sur les rails de ses 100 ans”; Annie Carle (Avec la collaboration de Maurice St-Yves et Catherine Des Champs”; 2018; 303 pages.

Source: Recensement 2016; Statistique Canada

3 commentaires sur “Épisode: Raconte-moi ton village

  1. Très intéressante histoire d’un village québécois. Pour qui a vécu dans un petit village, il y a beaucoup de similitudes. J’aime bien tes articles.

Répondre à Jo.aile (Maprolixité) Annuler la réponse.

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