Épisode: Ma (presque) non-alcoolique vie

Pourquoi? Je sais que les raisons sous-jacentes piquent probablement votre curiosité. Pourtant, la majorité, vous vous contentez de ma réponse: c’est mon choix. Vous pouvez ainsi laisser libre cours à vos spéculations ou me demander, année après année, au temps des fêtes: tu n’as pas encore commencé à boire?

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Sachez que j’ai eu le temps de commencer ET de choisir de terminer sans que ce soit fait officiellement dans une réunion de famille. Jeune adulte, un peu sur le tard, j’ai fait comme les autres quand l’on m’a mis un verre ou un shooter dans les mains. J’ai même poussé l’audace, puisque que le goût de la bière est horrible: j’ai essayé de la boire le plus rapidement possible, avec succès. Ridicule, mais j’ai eu droit à du respect.

J’ai continué de boire sans me poser de question sur ma motivation ou sur ce que ça pouvait m’apporter. J’ai subi beaucoup de pression, qui se voulait amicale, pour toujours en boire plus. Nous avions même un slogan crié bien fort peu importe le lieu dont je vais vous censurer, car il est rempli de jurons et de mauvaises intentions à ceux qui ne méritaient pas notre amour.

La détermination des limites de consommation, ce n’était pas tant à la mode. Les miennes ont fini avec la phrase classique: Je ne serais pas malaaaade… avant de devoir rapporter mon “doggy bag” de vomi chez moi après le trajet en voiture. La seule fois. J’ai réduit par la suite, parce qu’il fallait bien quelqu’un pour conduire, mais surtout tenir les cheveux de celles qui ne pouvaient plus se tenir la tête. Il fallait quelqu’un aussi pour enlever les verres de contact en fin de soirée. Je les ai vues, inconscientes et vulnérables, et j’ai eu vraiment peur. Il n’était plus question de limites. Juste de survivre à un coma éthylique et à un lendemain amnésique qui devait être atrocement laborieux. As-ton besoin de se rendre autant dans l’excès pour avoir du plaisir?

anana3Je ne pouvais pas être plus influençable et j’étais même trop gênée pour commander moi-même mes boissons. Alors mon amie avait décidé que je buvais toujours le même truc à l’ananas et au rhum (5% d’alcool), loin du Pina Colada servie dans une noix de coco. Je peux vous dire que j’en ai bus de l’ananas. Sans même me demander si j’aimais ça. Vous saviez qu’un ananas nécessite entre quatorze à vingt mois entre sa plantation et sa récolte. C’est à peu près le temps que cela m’a pris pour comprendre. La pression était trop forte. J’avais atteint ma maturité alcoolique, avant même d’essayer le vin.

J’ai juste arrêté.

Il restait à assumer mon choix. Apprendre à dire: Je ne bois pas. Avoir l’air assez convaincante pour ne pas avoir de peut-être, un petit verre ou à un: goûte à ce vin. Je ne m’expliquais pas. Vous pouviez penser que j’étais enceinte. Que j’avais un passé trouble avec de l’alcoolisme et\ou une famille dysfonctionnelle. Que c’était ma religion. Que j’étais au régime. Que c’était une mauvaise tolérance ou même une allergie!

Je ne bois pas parce que j’ai fait un choix. Je sais que je pourrais apprendre à aimer, si nous oublions les ananas, comme je l’ai fait pour le café et le thé. Le vin est omniprésent lors des repas et les bulles pour festoyer. J’ai l’habitude de lire tous les ingrédients des cartes de cocktails, ils me donnent le goût d’être dans le Sud ou en bonne compagnie au Coconut Bar*. Par chance, il commence à y avoir des alternatives créatives sans alcool, des Mocktails. Sinon, c’est insultant de se faire dire que l’on peut avoir n’importe lequel des cocktails en enlevant l’alcool. Je ne veux pas juste un “Virgin”. Est-ce que j’ai l’air de vouloir un jus d’orange avec du sirop de grenadine ou un jus de raisin pétillant dans une belle bouteille. Je préfère être plate et boire de l’eau, même pas embouteillée.

Par la suite, j’ai eu une autre “bonne raison” d’être non-alccolisée sans nécessairement ressentir le besoin de me justifier. Je ne bois pas, par choix, et parce que je prends des médicaments. Et c’est vrai, ma pharmacienne n’a aucune idée des conséquences avec mon cocktail de comprimés. Il est possible que je tombe juste totalement endormie ou qu’il se passe des effets bizarres en augmentant ou diminuant l’effet des médicaments. En plus des effets de l’alcool déjà stimulant à faible dose et sédative à forte dose. Aucun party en perspective. Je ne suis pas certaine que j’aurais le goût de tester. Avoir su, j’aurais gardé une souris pour procéder à quelques tests préliminaires…

Il y a aussi la dépendance, l’alcoolisme, qui est associé aux problématiques de santé mentale. Donc, dans mon cas, augmenterait le risque à 46% plutôt que 13% pour la population générale, sans compter “la génétique, la personnalité et les antécédents familiaux.” Encore davantage pour être une femme. Je ne veux pas faire partie de ces statistiques…

J’assume mon côté volontairement abstème, je suis différente mais je suis loin d’être la seule. Nous sommes 17% au Québec selon Éduc’Alcool. Au niveau mondial, 48% selon les données de l’OMS**.

Et vous ?

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* Motel et bar mythique à Trois-Rivières en Mauricie qui est ouvert depuis 1962. Ambiance Tiki complètement immersive et unique!

**Organisation mondiale de la Santé; informations provenant de l’article de « Le Monde.fr » du 23 décembre 2014 (Comment la population mondiale boit-elle de l’alcool)

2 commentaires sur “Épisode: Ma (presque) non-alcoolique vie

  1. Nous faisons tous des excès pour faire partie de la gang ou dans des moments de vulnérabilité. Les expériences vécues laissent des traces et nous portent à réfléchir, heureusement. Beaucoup de problèmes surviennent avec la consommation d’alcool. Il faut chercher à comprendre ce qui nous incite à en consommer et savoir quand et comment le faire pour ne pas en subir les conséquences ou en faire subir aux autres.
    C’est super que maintenant il y ait plus d’offres sans alcool.
    Personnellement, j’apprécie prendre un verre de vin avec un bon repas et je me laisse tenter quand on me propose un rhum (je fais comme les autres).

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