Épisode: Tour non guidé

Un mode de transport est seulement une façon de se rendre entre un point de départ et une destination. Le mien a dû se modifier pour passer de l’autonomie et le contrôle de ma Subaru à un confort partagé entre autant d’utilisateurs qui vont et viennent au gré des arrêts, laissant l’empreinte de leurs odeurs tel des souvenirs passagers. Un mode de transport qui me laisse tout le temps nécessaire pour passer en mode contemplation.

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En effet, pour différentes raisons, j’ai repris mon habitude qui avait été délaissée depuis le temps de mes études (voir l’épisode: Laissez-moi pas le volant). Je dois avouer que j’avais une certaine anticipation qui ne ressemblait pas juste à un peu de rouille, mais bien un réservoir plein de stress inutile. Le principe est pourtant simple après le processus de paiement et l’obtention d’un coupon perforé, preuve de correspondance, qui n’a guère évolué. Je me suis parlée pour me rassurer. Par la suite, mon attention s’est détournée par la voix métallisée qui annonce les prochains arrêts en ayant quelques fois de la difficulté à suivre le rythme du chauffeur. Mon regard s’est hypnotisé par l’affichage visuel défilant au lieu de contempler le paysage presque urbain. Sinon, je pourrais me perdre dans mes pensées et croyez-moi, c’est assez pour m’en faire oublier où j’en suis. Il ne faudrait surtout pas oublier de demander mon arrêt. J’aimais bien le principe de la corde jaune à tirer pour alerter notre désir de mettre fin au périple. Malheureusement, cela tend à disparaître, au profit des boutons pressoirs rouges qui me font penser à des boutons paniques.

Après, commence le tour non guidé qui se destine à des personnes relativement non pressées. Il faut affectionner les détours. En québécois, il s’agit d’une run de laitfaisant référence au trajet du laitier à domicile. Il faut comprendre que ce n’est pas la même expérience pour les “grandes villes” où ils sont adeptes des lignes particulièrement droites et des traces simples. Dans la mienne, il faut couvrir la plus grande distance possible avec le même autobus. Le service est aux demi-heures sur la semaine et aux heures pour le reste du temps. Par le fait même, il faut apprendre à patienter dans les grands froids en faisant du “sur place” et en surveillant toujours dans la bonne direction. Généralement, celle du vent. Les autres saisons représentent moins de défis si ce n’est que de pratiquer la ponctualité et de supporter le manque de ventilation.

Je ne me plains pas, jaime observer les gens. Je deviens professionnelle pour lire dans le fond de tête comme les traces de thé dans une tasse. Je m’amuse à deviner les gens et les catégoriser, mais loin de moi l’idée de les juger.

Je ne peux passer sous silence les étudiants pour qui ce mode de transport est presque toujours une obligation. Facile de deviner avec leur niveau d’aisance. L’autobus leur appartient. Ils ont une nonchalance allant jusqu’à soutenir ton regard avant de complètement s’en désintéresser. Ce qui me convient. Je n’ai pas besoin de parler de la météorologie. Il y a différents styles d’étudiants selon la mode ou l’anti-mode. L’âge n’étend pas un critère de référence si je pense à ma soeur-préférée…

Proche de cette catégorie ou en faisant partie, se place les “capuches” pour les chandails avec capuchon. Ils donnent un air solitaire et nous comprenons que la personne a besoin de sa bulle. L’intention peut être liée aux intempéries, mais j’aime mieux ma théorie du “hoodie” avec son isolement volontaire. Ce morceau de vêtement s’adapte à différents styles et nous comprenons son histoire qui commence en 1930 à Rochester (New York). Il s’agit de deux frères: Abraham et William Feinbloom qui ont fondé une manufacture de tenues de sport qui deviendra la marque populaire “Champion”. L’idée à la base du “hoodie” était davantage fonctionnelle pour protéger du froid. Pratique sur la “ligne de touche” ou pour avoir la paix.

Il y a aussi les tuques (bonnets) qui gâchent mon plaisir d’observation du chevelu. Il y a une variété de modèles qui envahissent avec utilité le décor de l’hiver. La mode est au fameux pompon de fausse ou vraie fourrure. C’est presque plus fort que moi, j’aimerais avoir la permission d’y toucher. Faire une intrusion pour tester la douceur. M’amuser comme seul un chat sait le faire.

Après, il y a ceux qui assument le froid et ne porte aucun couvre-chef. Des gens résistants au temps avec de la cuirasse comme fond de tête ou qui le cachent si bien qu’ils finissent par le croire. Quoique disons-le, il fait “frette” (froid).

Lorsque dénudé, se proclame une diversité avec certains points communs. Il y a l’évolution en âge vers la blancheur polaire. Je suis toutefois un exemple que cela ne se tient pas puisque mon aïeule maternelle m’a légué sa couronne de cheveux blancs pour ma majorité. Je pourrais être optimiste et vous parler de gris (sans les célèbres nuances) plutôt que de blanc. Rendue là, c’est parsemé et j’assume bien maintenant. Finis les cachettes avec les teintures, le naturel me convient. Tant mieux si j’inspire d’autres à le faire! Il n’en demeure que l’âge finit toujours par nous rattraper avec ou sans l’aide de l’hérédité.

Il y a également une autre tendance qui est surtout masculine. La disparition du précieux chevelu. Sujet qui est sensible. Je vais donc me contenter de dire qu’il me vient toujours l’idée lorsque assis devant moi de frotter les cocos comme si ça pouvait me porter chance, mes bouddhas dodus. La plupart du temps, mon plaisir est gâché par des cheveux épars ou encore fort probable, le non-consentement à mon désir de chance.

Dans la même catégorie, j’inclus ce que personne ne remarque. Je croise beaucoup de personnes âgées et je me demande quand la transition officielle se fait. À partir de quel âge, il faut opter pour les cheveux courts et frisés. Je me demande toujours si ça tient tout seul ou c’est l’arme secrète du fixatif. Une chose est certaine, nous pouvons constater rapidement la trace de l’oreiller. Vous remarquerez aussi la présence quelques fois d’une rosette à l’arrière. Voilà ! Je veux mettre mon doigt juste là. Avec tout mon respect. Juste grattouiller. Encore plus de chance j’en suis certaine!

Continuons dans la diversité vers un opposé tout à fait légitime. L’éventail des possibilités est presque à l’infini (et plus loin encore). La palette des coloristes va avec votre audace, votre imagination et votre convention à la mo64520c44-2b26-11e7-8cef-281cc4216c02_web__scale_1.327231_1.327231de. J’ai vu des dégradés qui rendraient jalouses les licornes et des choix dignes de lutins ivres. Je respecte vos décisions, c’est votre tête. Il faut dire que je l’ai déjà eu d’un rouge camion de pompier. J’ai toutefois un léger pincement qui m’empêche d’admirer en considérant l’âge de la personne. Vous remarquerez que dans ces cas-là, c’est souvent juste le toupet qui sort de la boîte de couleurs. Il n’en demeure une conformité admissible davantage aux jeunes, mais la libre expression prend toute sa véritable place tout comme pour les tatouages.

Finalement, il y a les autres… vrais ou fausses blondes, brunes ou noires. Vous avez vos nuances et c’est de cette façon que chacun est unique. Je vais continuer de vous regarder dans l’autobus pour essayer de lire votre histoire… dans votre fond de tête parce que la vérité elle finit toujours par repousser.

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Un commentaire sur “Épisode: Tour non guidé

  1. Nous faisons tous des choix concernant notre façon de nous présenter en public; ils reflètent notre personnalité, nos états d’âme. Cependant, d’autres facteurs hors de notre contrôle entrent en jeu. L’essentiel c’est d’être bien dans sa peau.

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