Ce lieu méconnu…

Pleurer fait partie de la souffrance (voir article précédent). Celle que notre corps ne peut pas contenir différemment ou choisit de montrer. Dans mes articles, je vous ai habitué à la légèreté du quotidien. Mes observations, que je vous invite à relire, comme je l’ai fait pour me rappeler que j’étais encore capable d’écrire, me semblent lointaines. Les derniers mois ont fait place à une lourdeur involontaire liée à la maladie. Il a fallu encore recommencer à me battre pour faire comprendre ma souffrance, car elle ne se voit pas et ne s’analyse pas avec une radiographie. Elle s’étire depuis trop longtemps sans trouver les bonnes solutions… que ce soit en moi et\ou en les traitements médicaux.

Encore trop tabou, mais pourtant quand nous soulevons le couvercle… nous nous rendons compte que beaucoup plus de personnes ont vécus ou vivent des problèmes de santé mentale ou connaissent quelqu’un autour d’eux. Je le sais, car je suis avec eux. Je vis présentement avec eux. J’entends leurs symptômes… je les entends crier, parler de ce qu’ils entendent, pleurer, s’exprimer de différentes façons…

Je me trouve dans un endroit méconnu et qui fait peur du système de santé, une unité de soins psychiatriques québécoise. À noter que par la lecture de d’autres articles, j’ai constaté que la situation en France est hautement différente, et même qualifiée de catastrophique. Dans ma région, il y a le « choix » d’endroits selon la durée que nécessiteront les soins. Il restera des points communs, mais je ne peux pas généraliser non plus… il n’y a pas de classement d’étoiles. Nous imaginons souvent le pire… la folie qui se déchaîne constamment en contention. J’ai été témoin de « codes blancs », mais ce n’est heureusement pas toujours le cas. Il est rassurant de savoir que le personnel, les agents d’intervention, sont bien expérimentés pour gérer ces situations d’agressivité.

Ces lieux sont conçus pour notre propre sécurité comme pour celle des autres. Il y a un mélange très hétéroclite de personnes dont les comportements vont dans tous les sens, de psychotiques à dépressifs. Il faut bien comprendre la distinction entre les besoins bien distinctifs de ces gens. Certains comportements, liés aux maladies, peuvent amener tension et crainte qui nuisent au climat de rétablissement de personnes plus fragiles.

Il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un milieu hospitalier donc médical où la supervision se fait par signes vitaux. Ce n’est pas un milieu de vie. Il y aurait tellement d’idées qui me viennent pour ajouter une touche de confort et un environnement plus accueillant. Je rêve d’un endroit propice au rétablissement des gens vivant une dépression qui serait complémentaire au cadre hospitalier…

Revenons au mode de vie dans une unité de soins. Durant le jour, le sommeil accompagne beaucoup de patients dépressifs. D’autres choisissent d’arpenter les corridors disponibles qui sont probablement les plus usés de l’hôpital à force de tourner « en rond ». Marcher fait du bien et permet de socialiser. L’inactivité en période de pandémie, malgré les efforts d’une éducatrice, donne libre cours aux pensées qui vont de négatives à suicidaires sans parler de l’anxiété. Cette tension qui gruge de l’intérieur, fait trembler et qui empêche de fonctionner. Nous nous faisons alors offrir la médication… ce petit quelque chose dans votre dossier qui vous aiderait peu importe la raison. La solution rapide en cas de crise ou de baisse de moral, quoique parfois inévitable, parce que parler ou apprendre à gérer prend plus de temps. Le personnel infirmier en manque trop souvent.

Je tiens néanmoins à souligner que nous pouvons compter sur des infirmières et infirmiers qui prennent soin de leurs patients. Il y a une belle relève en soins infirmiers malgré leurs conditions de travail. Je n’aurais pas les capacités pour faire parfois jusqu’à 16 heures de « shift ». Je n’ai que des éloges pour tout le personnel qui le fait par passion et empathie. J’ai pris leurs conseils pour mieux avancer même si je considère qu’il y a un manque de ressource pour l’encadrement interdisciplinaire qui serait complémentaire.

Sinon, les jours se suivent dans la même routine et s’allongent en semaines dans l’attente que notre état s’améliore. Il y a des gens qui ne restent que quelques jours ou semaines, selon les besoins, repartent et ne reviennent pas. J’en vois toutefois un trop grand nombre qui font plusieurs séjours… comme quoi la santé mentale est complexe. Il y a ceux aussi qui réclament fortement leur droit de quitter en refusant les traitements parce que les conditions de vie leur sont intolérables… disons le manque de liberté et de nicotine. Je respecte leurs droits, tant qu’ils ne compromettent pas la vie de leur entourage comme est survenu récemment et a été cité dans les médias de ma région.

Mon séjour s’achève, je reprends graduellement contact avec la vraie vie et je vais retrouver mon domicile. La peur me suit, mais je vais le faire pour tous ceux qui sont avec moi, car ce sont eux qui doivent se battre et surtout ne jamais lâcher.

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